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Plan vélo : ce que l'État a promis, financé et abandonné depuis 2018

La France a eu deux plans vélo nationaux, en 2018 puis pour 2023-2027. L'État y a engagé un peu plus d'un milliard d'euros de 2019 à 2024, selon la Cour des comptes, avant de geler son principal fonds en 2024 et de ne plus lancer d'appel à projets. Les annonces, les crédits réels et les objectifs non tenus, source par source.

Dossier Par La rédaction Publié le 9 min de lecture 16 sources

L’État a lancé deux plans vélo nationaux : le plan « vélo et mobilités actives » en septembre 2018, puis le plan « vélo et marche » pour 2023-2027. Le second promettait 2 milliards d’euros ; ses crédits d’aménagement ont été gelés dès 2024. Ce dossier retrace les annonces, ce qui a été réellement engagé, et ce qui reste à faire.

Les montants viennent d’abord du bilan de la loi d’orientation des mobilités publié par la Cour des comptes le 2 avril 2026, qui détaille l’effort de l’État année par année. Les chiffres de pratique et de fréquentation qui servent à juger ces plans sont réunis dans notre tableau de bord du vélo en France.

Les régions, les départements et les métropoles ont aussi leurs propres plans vélo. Ce dossier ne traite que de la politique nationale.

2018 : le premier plan vélo et mobilités actives

Le premier plan est annoncé à Angers le 14 septembre 2018 par le Premier ministre, rappelle le dossier de presse de 2023. Son objectif : tripler la part du vélo dans les déplacements pour atteindre 9 % en 2024. Le plan relevait que cette part dépassait 7 % des déplacements dans l’Union européenne, selon l’annexe que la Cour des comptes consacre au vélo.

Le plan visait deux freins : le manque d’itinéraires sécurisés et la crainte du vol. Son outil principal est un fonds national « mobilités actives », doté de 350 millions d’euros sur 2019-2025, soit 50 millions par an, pour cofinancer les aménagements cyclables des collectivités. L’aide à l’achat de vélo, créée par décret en 2017, est prolongée et renforcée.

Quatre ans plus tard, le gouvernement dresse son propre bilan. Il annonce 410 millions d’euros investis dans le fonds, 28 000 km d’aménagements cyclables créés dont 17 000 km de pistes et de voies vertes, 200 000 enfants formés au « Savoir rouler à vélo » et 4 millions de vélos inscrits au registre national, selon le dossier de presse du 5 mai 2023. Ce bilan est celui du gouvernement, pas une évaluation indépendante.

2019 : la loi d’orientation des mobilités

La loi n° 2019-1428 du 24 décembre 2019 d’orientation des mobilités, dite LOM, donne une base légale à plusieurs mesures du plan de 2018. La Cour des comptes en dresse la liste dans son bilan :

  • signalisation obligatoire des angles morts sur les poids lourds dès 2021 ;
  • obligation de réaliser un itinéraire cyclable lors de la création ou de la rénovation d’une voie hors agglomération, en cas de besoin avéré ;
  • reconnaissance légale du schéma national des véloroutes ;
  • marquage obligatoire des vélos neufs et d’occasion vendus par des commerçants à partir de 2021 ;
  • stationnements sécurisés dans les gares et dans les bâtiments équipés de parkings automobiles ;
  • places réservées aux vélos dans les trains et les autocars ;
  • remplacement de l’indemnité kilométrique vélo par le forfait mobilités durables.

Deux mesures avancent lentement. La loi imposait au moins 75 891 places de stationnement sécurisé dans 1 133 gares avant le 1er janvier 2024 ; en janvier 2025, 59 % des gares avaient atteint leur objectif. Le « Savoir rouler à vélo » devait toucher 800 000 élèves par an dès 2022 ; il en a formé 160 000 entre 2019 et 2022, et l’objectif a été reporté à 2027.

Le forfait mobilités durables

Le forfait mobilités durables permet à un employeur de prendre en charge les trajets domicile-travail de ses salariés à vélo, y compris à assistance électrique, ou avec d’autres modes alternatifs. Il n’est pas obligatoire dans le secteur privé. Il est exonéré de cotisations dans la limite de 600 euros par an et par salarié, ou 900 euros s’il se cumule avec le remboursement d’un abonnement de transport public, selon Service Public.

Son adoption reste partielle. En 2023, 29 % des employeurs privés l’avaient mis en place et 36 % prévoyaient de le faire, selon un baromètre du ministère cité par la Cour des comptes. Dans la fonction publique, il est obligatoire pour l’État et l’hôpital, plafonné à 300 euros par an, et 9 % des agents concernés en bénéficient. Le détail pratique du vélo pour aller travailler relève d’autres publications ; ce dossier s’en tient au cadre légal.

Le schéma national des véloroutes

Le schéma national des véloroutes fixe le réseau structurant des itinéraires cyclables de longue distance. Sa version actuelle est approuvée par un arrêté du 15 mars 2023, publié au Journal officiel du 5 mai 2023. Le dossier de presse du plan vélo et marche date cette officialisation du 5 mai, jour de la publication.

Au 1er janvier 2026, le schéma compte 26 323 km, réalisés à 83,2 %, selon l’Observatoire national des véloroutes animé par le Réseau vélo et marche. Seuls 355 km ont été ouverts en 2025, le plus faible rythme depuis dix ans, loin de ce qu’exigerait un achèvement en 2030. Les itinéraires eux-mêmes sont présentés dans nos fiches des grandes véloroutes nationales.

L’État cofinance ces itinéraires par les contrats de plan État-régions. Le plan 2023-2027 annonçait jusqu’à 200 millions d’euros ; le tableau de la Cour des comptes n’en fait apparaître que 27 millions d’autorisations d’engagement, toutes en 2024. Ce que les compteurs disent de ces itinéraires est détaillé dans notre dossier sur la fréquentation des grands itinéraires.

2023-2027 : le plan vélo et marche

En septembre 2022, la Première ministre lance un deuxième plan ; le 20 septembre, elle annonce un fonds mobilités actives porté à 250 millions d’euros pour 2023. Le premier comité interministériel vélo et marche se réunit le 5 mai 2023 et fixe les chiffres du plan :

  • 2 milliards d’euros de l’État sur 2023-2027, et environ 6 milliards en comptant les collectivités ;
  • un fonds mobilités actives de 1,25 milliard d’euros, soit 250 millions par an ;
  • 80 000 km d’aménagements cyclables sécurisés en 2027 et 100 000 km en 2030, contre 57 000 km fin 2022 ;
  • 850 000 enfants formés chaque année au « Savoir rouler à vélo » à partir de 2027 ;
  • 90 000 places de stationnement sécurisé en 2027 ;
  • 1,4 million de vélos assemblés en France en 2027 et 2 millions en 2030.

L’objectif de part modale varie selon les documents. La Cour des comptes résume le plan par « 100 000 km de voies cyclables et 9 % de part modale pour le vélo d’ici 2030 ». Le Réseau vélo et marche rappelle une trajectoire de 9 % en 2024 puis 12 % en 2030, partant de 2,6 % en 2018.

Ce que l’État a réellement engagé

La Cour des comptes chiffre l’effort de l’État en faveur du vélo à 1 014 millions d’euros d’autorisations d’engagement de 2019 à 2024. Le fonds mobilités actives en représente 640 millions : 28 millions en 2019, 44 en 2020, 165 en 2021, 158 en 2022, 120 en 2023 et 125 en 2024. Les aides à l’achat ont coûté 82 millions, à 98 % pour des vélos à assistance électrique. Les certificats d’économies d’énergie ont ajouté 276 millions sur 2018-2021 et 54 millions sur 2023-2024.

Les années 2023 et 2024 sont donc restées loin des 250 millions par an annoncés pour le fonds. Les collectivités, elles, ont dépensé environ un milliard d’euros par an pour leurs aménagements entre 2019 et 2024, selon une estimation de l’Institut de l’économie pour le climat citée par la Cour.

Les bilans officiels ne comptent pas tous de la même façon. Le gouvernement évoque 641 millions d’euros d’engagements depuis 2019 et plus de 1 200 projets dans plus de 700 territoires, dans une réponse publiée le 4 mars 2025. La page du ministère, mise à jour le 16 septembre 2025, annonce encore 465 millions d’euros de subventions pour plus de 1 130 projets dans 725 territoires.

2024-2026 : gel, suppression, budget minimal

Le décrochage commence en 2024. Les crédits du fonds mobilités actives sont gelés cette année-là et aucun nouvel appel à projets n’est lancé en 2025, constate la Cour des comptes. Les aides à l’achat de vélo sont supprimées à compter de 2025.

Le gouvernement le confirme au Parlement. Le septième appel à projets « ne sera effectivement pas attribué », répond le ministère des Transports à une députée, au Journal officiel du 4 mars 2025. Il promet d’honorer les engagements déjà pris, de garantir 185 millions d’euros pour les véloroutes inscrits aux contrats de plan État-régions et d’orienter 50 millions du fonds vert vers le vélo. Une réponse au Sénat du 13 février 2025 précise que 125 millions d’euros sont attribués à 27 territoires démonstrateurs.

Le budget 2026 prolonge ce recul. Le plan vélo avait disparu du projet présenté par le gouvernement. Le Sénat a adopté un amendement rétablissant 50 millions d’euros pour 2026, déposé par Hervé Gillé au nom de la commission de l’aménagement du territoire, rapporte Public Sénat le 9 décembre 2025. Selon le média Vert, le texte définitif, adopté début février 2026, ne l’a pas repris. La FUB compte 31 millions d’euros prévus en 2026, contre 100 millions en 2025 ; nous n’avons pas trouvé de document de l’État qui confirme ou infirme ces deux montants.

Le projet de loi de finances pour 2027 a été déposé le 1er octobre 2026 et il est en première lecture à l’Assemblée nationale. Au 29 octobre 2026, nous n’avons pas trouvé d’annonce chiffrée sur les crédits vélo qu’il contient.

Ce qui est fait, ce qui ne l’est pas

Une partie des engagements est tenue :

  • le schéma national des véloroutes est approuvé et réalisé à 83,2 % ;
  • le marquage des vélos fonctionne : le fichier unique répertoriait 6,8 millions de cycles fin 2024 ;
  • le forfait mobilités durables existe, même s’il reste facultatif dans le privé ;
  • le fonds mobilités actives a cofinancé plus de 1 200 projets, selon le gouvernement.

D’autres objectifs sont manqués ou très éloignés :

  • la part modale de 9 % en 2024 : le vélo représentait 2,7 % des déplacements en 2019, dernière mesure complète, et 4 % des trajets domicile-travail en 2023 selon la Cour des comptes ;
  • le réseau cyclable : 63 690 km en 2024 selon la Cour, qui juge le rythme nécessaire pour atteindre 100 000 km en 2030 « difficilement atteignable » sans effort accru des collectivités ;
  • le « Savoir rouler à vélo » pour toute une classe d’âge, reporté de 2022 à 2027 ;
  • le fonds de 250 millions d’euros par an, jamais atteint, puis gelé.

Le dernier point d’étape officiel

Le seul comité interministériel vélo et marche réuni à ce jour est celui du 5 mai 2023 ; nous n’avons trouvé trace d’aucun autre. La page du ministère consacrée au plan, mise à jour le 16 septembre 2025, ne présente pas de bilan du plan 2023-2027. Les dernières positions officielles du gouvernement sont ses réponses au Parlement de février et mars 2025, selon lesquelles le plan « se poursuit » hors fonds mobilités actives.

L’évaluation publique la plus récente est donc celle de la Cour des comptes, le 2 avril 2026, qui parle d’une réforme « essentielle mais inachevée, en particulier en matière de financement ». De son côté, la FUB a appelé en septembre 2025 au « retour d’un grand plan vélo national » dans le dossier de son baromètre 2025, dont les résultats par commune sont analysés dans notre dossier sur les palmarès des villes cyclables.

Sources

  1. Cour des comptes, Bilan de la loi d'orientation des mobilités (2 avril 2026), consulté le 29 octobre 2026.
  2. Ministère de la Transition écologique, Plan vélo et marche 2023-2027, dossier de presse du 1er comité interministériel (5 mai 2023), consulté le 29 octobre 2026.
  3. Ministère de la Transition écologique, Le vélo et la marche, des modes de déplacement vertueux et avantageux (mis à jour le 16 septembre 2025), consulté le 29 octobre 2026.
  4. Légifrance, loi n° 2019-1428 du 24 décembre 2019 d'orientation des mobilités, consulté le 29 octobre 2026.
  5. Légifrance, arrêté du 15 mars 2023 portant approbation du schéma national des véloroutes, consulté le 29 octobre 2026.
  6. Banque des Territoires (Localtis), Schéma national des véloroutes en 2025 : un rythme de réalisation au plus bas depuis dix ans (22 avril 2026), consulté le 29 octobre 2026.
  7. Service Public Entreprendre, Forfait mobilités durables (vérifié le 22 octobre 2026), consulté le 29 octobre 2026.
  8. Assemblée nationale, question écrite n° 3241, Avenir du plan vélo, réponse publiée au JO du 4 mars 2025, consulté le 29 octobre 2026.
  9. Sénat, question écrite n° 02454, Suite du Plan vélo et marche 2023-2027, réponse publiée au JO Sénat du 13 février 2025, consulté le 29 octobre 2026.
  10. Public Sénat, Budget 2026 : le Sénat vote 50 millions d'euros supplémentaires pour le plan vélo (9 décembre 2025), consulté le 29 octobre 2026.
  11. Vert, Plan vélo à zéro, taxe plastique supprimée : que retenir du budget 2026 pour l'écologie ? (3 février 2026), consulté le 29 octobre 2026.
  12. FUB, PLF 2026 : un budget vélo national qui déraille (3 novembre 2025), consulté le 29 octobre 2026.
  13. Assemblée nationale, dossier législatif du projet de loi de finances pour 2027, consulté le 29 octobre 2026.
  14. Réseau vélo et marche, Bilan 2025 de la fréquentation cyclable en France (29 avril 2026), consulté le 29 octobre 2026.
  15. SDES, Comment les Français se déplacent-ils en 2019 ? Résultats de l'enquête mobilité des personnes (16 septembre 2020), consulté le 29 octobre 2026.
  16. FUB, Baromètre vélo 2025, palmarès et résultats (dossier de presse), consulté le 29 octobre 2026.

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