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Les grandes classiques françaises du cyclisme : leur naissance, leurs disparitions, leurs singularités

Les grandes courses françaises de ville à ville sont nées dans les journaux, entre 1891 et 1933. Bordeaux-Paris a disparu en 1988, Paris-Brest-Paris est devenu une randonnée de 1 200 km, Paris-Roubaix garde ses pavés, Paris-Tours a ajouté des chemins de vignes et Paris-Nice ouvre la saison sur les routes du Sud. Leur création, leur évolution et ce qui les distingue.

Dossier Par La rédaction Publié le 8 min de lecture 18 sources

Les grandes courses françaises de ville à ville ont presque toutes été créées par des journaux, pour remplir leurs colonnes et vendre du papier. Bordeaux-Paris et Paris-Brest-Paris partent en 1891, Paris-Roubaix et Paris-Tours en 1896, Paris-Nice en 1933, selon les sources détaillées plus bas. Trois sont toujours au calendrier professionnel, une a disparu, une est devenue une randonnée.

Le mot « classique » désigne d’ordinaire une course d’un jour, ancienne et prestigieuse. Paris-Nice n’en est pas une au sens strict : c’est une course par étapes d’une semaine, intégrée ici parce qu’elle appartient à la même histoire de presse et de routes nationales. Le contexte général, de la draisienne aux premières courses, est retracé dans notre chronologie du vélo français.

Bordeaux-Paris (1891-1988), la course disparue

Bordeaux-Paris est la doyenne. La première édition part le 23 mai 1891 avec vingt-huit coureurs, dont un en tricycle. L’Anglais George Pilkington Mills relie les deux villes en 26 h 34, selon la page du Cnam sur la course Bordeaux-Paris.

Sa particularité est l’entraînement. Jusqu’en 1985, les coureurs roulent derrière des entraîneurs, des engins motorisés qui les abritent du vent. De 1986 à 1988, les organisateurs essaient une formule sans entraîneurs, ouverte aux professionnels et aux amateurs, sans parvenir à relancer l’épreuve. Jean-François Rault reste le dernier vainqueur, en 1988, rappelle DirectVelo.

Le nom a survécu à la course. Le Cnam signale une renaissance en 2014 sous forme d’épreuve d’amateurs ; selon DirectVelo, le nom Bordeaux-Paris appartient désormais à la société Extra Sport, qui organise une cyclosportive. Une course derrière dernys a été annoncée en 2023 pour l’année suivante sous un autre nom, Bergerac-Châtellerault-Rungis, avec 293 km derrière les engins, d’après le même article de DirectVelo.

Paris-Brest-Paris : de la course à la randonnée

Paris-Brest-Paris est lancé par Le Petit Journal le 6 septembre 1891, sur près de 1 200 kilomètres à parcourir sur la même machine, selon la page du Cnam sur Paris-Brest-Paris. Son créateur est Pierre Giffard. Environ 400 personnes s’inscrivent, quelque 200 partent et une centaine reviennent à Paris dans le délai de dix jours. Charles Terront gagne en 71 h 37, d’après la brève histoire publiée par l’organisateur.

La course devient décennale. En 1901, L’Auto-Vélo d’Henri Desgrange l’organise et Maurice Garin gagne en 52 h 11 ; suivent 1911, 1921, 1931, puis 1948 après la guerre, selon le Cnam. La date de la dernière course professionnelle diffère selon les sources : le Cnam écrit qu’elle n’est plus organisée après 1961, faute de participants ; l’Audax Club Parisien parle de l’abandon de la course « après 1951 » sur sa page d’accueil.

La randonnée prend le relais. En 1931, l’Audax Club Parisien organise le premier Paris-Brest-Paris réservé aux randonneurs ; quarante-quatre participants, dont cinq femmes, rentrent en moins de 96 heures. L’épreuve a lieu en 1948, en 1951, puis tous les cinq ans, et tous les quatre ans après 1971. De 325 participants en 1971, on passe à 6 820 inscrits de 70 nationalités en 2023, pour la vingtième édition, selon la brève histoire de Paris-Brest-Paris.

Ce n’est plus une course. L’organisateur la présente comme une épreuve à son rythme, « et non une course », avec un délai de 90 heures pour 1 230 km. La 21e édition est prévue du 22 au 26 août 2027, au départ de Rambouillet, selon le site officiel de Paris-Brest-Paris. Le rôle de cette épreuve dans l’essor du cyclotourisme est développé avec les usages sociaux du vélo.

Paris-Roubaix (1896), la course des pavés

Paris-Roubaix part le 19 avril 1896, jour de Pâques, de la porte Maillot. L’idée vient de deux entrepreneurs roubaisiens, Théodore Vienne et Maurice Perez, qui viennent d’ouvrir un vélodrome et s’associent au journal Le Vélo. L’Allemand Josef Fischer gagne les 280 km en 9 h 17, devant Charles Meyer et Maurice Garin, raconte Liberté Hebdo.

Le palmarès officiel d’ASO, l’organisateur, montre une course interrompue de 1915 à 1918 et de 1940 à 1942, puis annulée en 2020. Roger De Vlaeminck et Tom Boonen détiennent le record avec quatre victoires chacun. Maurice Garin gagne en 1897 et 1898, Octave Lapize trois fois de suite de 1909 à 1911, et Bernard Hinault en 1981, selon le palmarès de Paris-Roubaix. Sa victoire est replacée dans le parcours de Bernard Hinault.

Ce qui distingue Paris-Roubaix, ce sont ses secteurs pavés. En 2026, la course part de Compiègne pour 258,3 km et franchit trente secteurs numérotés en sens décroissant. La tranchée d’Arenberg mesure 2 331 m, Mons-en-Pévèle 2 998 m et le Carrefour de l’Arbre 2 109 m. Le dernier secteur, à Roubaix, précède l’entrée sur le vélodrome, selon le parcours officiel 2026.

Son surnom de « Reine des classiques » figure sur le site de l’organisateur, qui compte 95 vainqueurs différents à son palmarès. Une course féminine, Paris-Roubaix Femmes, est aussi organisée par ASO ; son histoire n’est pas traitée ici.

Paris-Tours (1896), la classique d’automne

Paris-Tours naît la même année que Paris-Roubaix. Le journal Paris-Vélo en organise la première édition en 1896, puis L’Auto prend le relais, selon la page du Cnam sur les courses. Eugène Prévost est le premier vainqueur, d’après le palmarès officiel de Paris-Tours, qui ne recense pas d’édition entre 1897 et 1900 ni entre 1902 et 1905.

La course démarre pour de bon en 1906, grâce à Victor Lefèvre, directeur du vélodrome de Tours. En 1951, elle passe d’avril à octobre et devient plus tard « la classique des feuilles mortes ». Faute de difficultés, elle se joue souvent au sprint : en 1968, 121 coureurs disputent l’emballage final, rapporte le magazine 37 degrés.

L’arrivée sur l’avenue de Grammont, à partir de 1988, en fait le terrain des sprinteurs. Pour durcir la fin de course, les organisateurs ajoutent en 2018 des chemins de vignes. Les travaux du tramway imposent en 2025 une première arrivée boulevard Béranger, selon 37 degrés.

La 120e édition a lieu le 11 octobre 2026 sur 216,2 km depuis Chartres, avec 10 chemins de vignes pour 10,5 km cumulés, selon la Ville de Tours. Le dernier, à Rochecorbon, se situe au km 204,2, d’après le parcours d’ASO.

Le palmarès compte quatre triples vainqueurs : Gustave Danneels, Paul Maye (1941, 1942 et 1945), Guido Reybroeck et Erik Zabel. Les frères Pélissier gagnent l’un après l’autre, Francis en 1921 et Henri en 1922, selon le palmarès d’ASO.

Paris-Nice (1933), la course au soleil

Paris-Nice est née d’un patron de presse. Au début des années 1930, Albert Lejeune dirige Le Petit Journal, à Paris, et Le Petit Niçois, à Nice, et cherche une course pour relier ses deux titres. L’épreuve s’appelle d’abord « Six Jours de la Route » et évite les Alpes en suivant la vallée du Rhône, selon le guide historique 2026 de Paris-Nice.

Les coureurs font poinçonner leur machine le 13 mars 1933. Le lendemain, ils se rassemblent place d’Italie, à Paris, et le départ réel est donné à Thiais. Le Belge Alfons Schepers gagne la première étape, 312 km jusqu’à Dijon. La course passe ensuite par Lyon, Avignon, Marseille et Cannes avant Nice, d’après le guide historique d’ASO.

L’histoire est heurtée. La guerre arrête la course en 1940 ; le journal Ce Soir l’organise en 1946, puis rien de 1947 à 1950. En 1951, à la demande du maire de Nice, Jean Médecin, l’hebdomadaire Route et Piste la relance sous le nom de Paris-Côte d’Azur, avec Jean Leulliot comme directeur de course. Elle reprend le nom de Paris-Nice en 1954 et passe à ASO en 2002, selon le guide de l’organisateur.

Ce qui la distingue : une course par étapes de mars, conçue dès 1951 comme une préparation aux classiques de printemps, et une ascension du col d’Èze, au-dessus de Nice, chronométrée lors de la dernière étape dès 1969. Sean Kelly détient le record avec sept victoires, de 1982 à 1988, devant Jacques Anquetil, cinq fois vainqueur (1957, 1961, 1963, 1965 et 1966), selon le guide historique 2026. Anquetil en devient directeur de course en 1972, un épisode de plus dans la carrière de Jacques Anquetil.

Ce qui les distingue

  • Bordeaux-Paris : la course derrière entraîneurs, d’une traite, dont le dernier vainqueur date de 1988 (DirectVelo).
  • Paris-Brest-Paris : une course de 1 200 km devenue la grande randonnée de l’Audax Club Parisien, tous les quatre ans (Paris-Brest-Paris).
  • Paris-Roubaix : les secteurs pavés du Nord et l’arrivée sur vélodrome (ASO).
  • Paris-Tours : une course d’automne longtemps promise aux sprinteurs, durcie par des chemins de vignes depuis 2018 (37 degrés).
  • Paris-Nice : une course par étapes de mars qui se termine à Nice (guide historique).

Toutes doivent leur naissance à la presse sportive, comme le Tour de France. Le dossier consacré au Tour de France raconte cette autre création de journal, et Henri Desgrange, patron de L’Auto, a sa propre page.

Les coureurs qui ont marqué ces épreuves sont présentés dans nos portraits de coureurs. Les dates des prochaines éditions de Paris-Roubaix, Paris-Tours, Paris-Nice et Paris-Brest-Paris figurent dans le calendrier des courses dès qu’elles sont annoncées par les organisateurs.

Sources

  1. Cnam, exposition virtuelle « À bicyclette ! », la course Bordeaux-Paris, consulté le 29 octobre 2026.
  2. Cnam, exposition virtuelle « À bicyclette ! », Paris-Brest-Paris, consulté le 29 octobre 2026.
  3. Cnam, exposition virtuelle « À bicyclette ! », les courses de vélo, consulté le 29 octobre 2026.
  4. DirectVelo, La renaissance d'une course mythique en Classe 1 (29 juin 2023), consulté le 29 octobre 2026.
  5. Paris-Brest-Paris, une brève histoire (Audax Club Parisien), consulté le 29 octobre 2026.
  6. Paris-Brest-Paris, site officiel (édition 2027), consulté le 29 octobre 2026.
  7. Audax Club Parisien, page d'accueil, consulté le 29 octobre 2026.
  8. Liberté Hebdo, Premier Paris-Roubaix : 19 avril 1896 (Serge Laget, 7 avril 2023), consulté le 29 octobre 2026.
  9. Paris-Roubaix (ASO), palmarès depuis 1896, consulté le 29 octobre 2026.
  10. Paris-Roubaix (ASO), parcours de l'édition 2026, consulté le 29 octobre 2026.
  11. Paris-Roubaix (ASO), À un pavé près, consulté le 29 octobre 2026.
  12. Paris-Roubaix Femmes (ASO), site officiel, consulté le 29 octobre 2026.
  13. Paris-Tours (ASO), palmarès depuis 1896, consulté le 29 octobre 2026.
  14. Paris-Tours (ASO), parcours de l'édition 2026, consulté le 29 octobre 2026.
  15. Ville de Tours, 120e édition du Paris-Tours, consulté le 29 octobre 2026.
  16. 37 degrés, Paris-Tours : sous les platanes de Béranger, les feuilles mortes et les sprinteurs (Mathieu Giua, 8 octobre 2025), consulté le 29 octobre 2026.
  17. Paris-Nice (ASO), guide historique 2026, consulté le 29 octobre 2026.
  18. Paris-Nice (ASO), histoire, consulté le 29 octobre 2026.

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