Histoire du Tour de France : de L'Auto en 1903 à la course d'ASO
Le Tour de France est né en 1903 d'une guerre entre deux journaux. L'Auto, dirigé par Henri Desgrange, l'a lancé pour vendre du papier ; la course a traversé deux guerres, changé dix fois de règlement et survécu au dopage. Voici ses grandes époques, établies d'après le guide historique publié par ASO, son organisateur, la BnF et l'encyclopédie Larousse.
Le Tour de France est né d’une guerre de journaux. En 1903, le quotidien L’Auto organise le premier Tour pour distancer son rival, Le Vélo ; en juillet, il vend 65 000 exemplaires par jour, un record pour lui. La course n’a plus jamais quitté le calendrier, sauf pendant les deux guerres mondiales.
Cette page suit les grandes époques du Tour : la création, le maillot jaune, les équipes nationales, le retour des marques, les crises du dopage et l’organisation actuelle. Elle prolonge notre récit de l’histoire du vélo, qui raconte ce qui précède la course : l’invention de la bicyclette et les premières compétitions.
La source principale est le guide historique 2026 publié par ASO, l’organisateur, qui reprend chaque édition depuis 1903. Quand une autre référence donne un chiffre différent, nous le signalons en fin de page.
1902-1903 : une idée de Géo Lefèvre, un pari de L’Auto
L’Auto s’appelle d’abord L’Auto-Vélo. Fondé en 1900 et dirigé par Henri Desgrange, il perd un procès intenté par Le Vélo pour l’usage du mot « vélo » et paraît sous le seul titre L’Auto à partir du 16 janvier 1903, selon le blog de Gallica. La rivalité est aussi politique. D’après l’encyclopédie Larousse, Pierre Giffard, patron du Vélo, est dreyfusard, tandis que Desgrange, antidreyfusard, a le soutien des fabricants de cycles.
L’idée vient d’un journaliste. Géo Lefèvre, chargé du cyclisme à L’Auto, propose à Desgrange une course par étapes reliant les grandes villes du pays. Le guide historique d’ASO date l’adoption du projet de novembre 1902, au cours d’un déjeuner à la Taverne Zimmer, à Paris. Le journal annonce l’épreuve dans son numéro du 19 janvier 1903, selon Gallica.
Le premier Tour part le 1er juillet 1903, à 15 h 16, du café Le Réveil-Matin à Montgeron. Il compte six étapes et 2 428 km ; la plus longue, Paris-Lyon, mesure 467 km. Le guide d’ASO recense 59 partants sur 78 engagés et 21 arrivants. Maurice Garin gagne avec 2 h 49 min 45 s d’avance sur le deuxième, un écart jamais revu depuis. Desgrange est directeur général ; Lefèvre est à la fois directeur de course, chronométreur, juge à l’arrivée et envoyé spécial du journal (ASO).
Le jour du départ, la une de L’Auto est entièrement consacrée à la course. Desgrange y signe un éditorial, « La Semence », où il annonce lancer à travers la France « les inconscients et rudes semeurs d’énergie que sont les grands routiers professionnels » (texte cité par le guide d’ASO). Le pari commercial est tenu : la BnF indique que la diffusion atteint 120 000 exemplaires par jour en 1913. Le portrait d’Henri Desgrange, l’organisateur, détaille le parcours de l’homme.
1904 : le Tour qui faillit s’arrêter
La deuxième édition tourne mal. Des spectateurs agressent des coureurs au col de la République et à Nîmes, et les irrégularités se multiplient. Le 30 novembre 1904, la commission technique de l’Union vélocipédique de France disqualifie plusieurs coureurs, dont les quatre premiers ; Henri Cornet, cinquième, est déclaré vainqueur (ASO). Desgrange écrit alors dans L’Auto que cette édition « aura été la dernière », d’après la citation reproduite par Larousse. Le Tour repart pourtant en 1905.
1905-1914 : la montagne entre dans la course
Le parcours s’endurcit vite. Selon la chronologie d’ASO, le Ballon d’Alsace apparaît en 1905, les Pyrénées en 1910 avec le Tourmalet et l’Aubisque, les Alpes en 1911 avec le Galibier. En 1913, le classement au temps revient pour de bon, après une période de classement aux points.
La Première Guerre mondiale interrompt la course après l’édition 1914. Trois anciens vainqueurs meurent au front : François Faber en 1915, Octave Lapize et Lucien Petit-Breton en 1917. Desgrange relance le Tour en 1919, sept mois après l’armistice (ASO).
1919 : le maillot jaune
Le maillot jaune du leader apparaît en 1919. Son premier porteur est Eugène Christophe. Il le perd dans l’avant-dernière étape : en tête avec une demi-heure d’avance, il casse sa fourche près de Valenciennes et perd 1 h 10. Le Belge Firmin Lambot gagne le Tour. L’édition compte 15 étapes et 5 560 km, et seulement 11 coureurs arrivent à Paris sur 69 partants (ASO).
Les distances restent démesurées pendant les années 1920. Le record date de 1926 : 5 745 km, pour un Tour qui part pour la première fois de province, à Évian, d’après la même chronologie d’ASO.
1930 : la formule des équipes nationales
En 1929, le Tour est dominé par les équipes de marques, dont Alcyon. Desgrange, en conflit avec la direction de cette équipe, change la formule en 1930. Les coureurs sont réunis en équipes nationales de huit (France, Belgique, Italie, Espagne, Allemagne), à côté de soixante « touristes-routiers » en équipes régionales. Les marques sont effacées : l’organisation fournit des vélos anonymes peints en jaune, couleur qui rappelle celle du journal (ASO). Pour financer les frais des coureurs, l’organisation fait aussi payer les villes-étapes, selon Wikipédia.
La même année naît la caravane publicitaire. André Leducq gagne et l’équipe de France place cinq de ses coureurs dans les dix premiers. Le guide d’ASO voit dans cette formule l’origine du prestige du Tour, et il la date de 1930 dans sa préface.
D’autres repères suivent : le Grand Prix de la montagne en 1933, le premier contre-la-montre individuel en 1934, l’emploi généralisé du dérailleur en 1937 (ASO).
Hors compétition, le changement de vitesse avait un défenseur bien plus ancien : Paul de Vivie, dit Vélocio, « ardent promoteur » de la « polymultipliée » dans sa revue Le Cycliste, fondée en 1887, selon la FFVélo de l’Hérault.
En 1936, malade, Desgrange quitte la course à Charleville. Jacques Goddet, rédacteur en chef de L’Auto, prend la direction du Tour. Desgrange meurt le 16 août 1940 à Beauvallon (ASO).
1947 : la renaissance, sans L’Auto
Le Tour reprend en 1947 après sept ans d’interruption. L’Auto n’existe plus : selon la BnF, sa proximité avec l’occupant lui vaut d’être interdit à la Libération, et Jacques Goddet crée L’Équipe après la guerre. En 1947, les organisateurs sont le Parc des Princes, L’Équipe et Le Parisien libéré ; Goddet est directeur général, Félix Lévitan l’un de ses adjoints. Jean Robic gagne en prenant le maillot jaune le dernier jour (ASO).
Les années 1950 installent les codes du Tour moderne. Les premières arrivées en altitude datent de 1952 (Alpe d’Huez, Sestrières, puy de Dôme), le maillot vert de 1953, le premier départ de l’étranger, à Amsterdam, de 1954. Louison Bobet gagne trois fois de suite, de 1953 à 1955 (ASO).
1957-1969 : Anquetil, Poulidor et le retour des marques
Jacques Anquetil gagne son premier Tour en 1957, à sa première participation, avec l’équipe de France. En 1961, il prend le maillot jaune le premier jour et le garde jusqu’à Paris (ASO).
Il est le premier à gagner cinq fois l’épreuve, selon Larousse, comme le rappelle le portrait de Jacques Anquetil, rouleur normand.
En 1962, le Tour revient aux équipes de marques, avec des sponsors venus d’autres secteurs que le cycle. Cette année-là commence le duel Anquetil-Poulidor. Il culmine en 1964 au puy de Dôme : distancé à 900 mètres du sommet, Anquetil garde 14 secondes d’avance au général et gagne finalement le Tour avec 55 secondes sur Raymond Poulidor (ASO).
Les équipes nationales font un dernier retour en 1967 et 1968 ; le prologue apparaît en 1967 et les premiers contrôles antidopage aux arrivées en 1968. En 1969, le Tour revient « durablement » aux groupes sportifs, et le Belge Eddy Merckx gagne pour sa première participation, d’après le guide d’ASO.
1975-1993 : Champs-Élysées, Hinault et la Société du Tour
En 1975, l’arrivée se juge pour la première fois sur les Champs-Élysées, et le maillot à pois du meilleur grimpeur est créé. En 1978, Bernard Hinault gagne son premier Tour ; la même année, les coureurs font grève et passent à pied la ligne d’arrivée à Valence-d’Agen, où l’étape est annulée. En 1985, Hinault rejoint Anquetil et Merckx à cinq victoires (ASO). Sa carrière est retracée dans le portrait de Bernard Hinault, le Breton.
Le Tour le plus serré se joue en 1989 : l’Américain Greg LeMond devance Laurent Fignon de huit secondes au terme du contre-la-montre final, à Paris, le plus faible écart jamais enregistré (ASO).
La propriété change aussi. En 1987, Félix Lévitan quitte la Société du Tour de France, dont le gérant est Philippe Amaury. En 1993, cette société devient filiale d’A.S.O., la holding des organisations sportives du groupe Amaury, présidée par Jean-Claude Killy ; Jean-Marie Leblanc dirige alors le Tour (ASO).
1998-2012 : le Tour face au dopage
En 1998, l’affaire Festina éclate. Le 8 juillet, le soigneur Willy Voet est intercepté à la frontière franco-belge avec des produits dopants, dont de l’EPO et des hormones de croissance. Les aveux sur un système de dopage organisé dans l’équipe entraînent son exclusion. Les coureurs font grève deux fois et les équipes espagnoles quittent la course, qui arrive malgré tout à Paris (ASO).
L’Américain Lance Armstrong gagne ensuite sept Tours, de 1999 à 2005. Le 22 octobre 2012, l’Union cycliste internationale lui retire ces sept victoires, à la suite du rapport de l’agence antidopage américaine (franceinfo). Le guide d’ASO précise que la victoire de 1999 est « laissée vacante » : aucun autre coureur n’a été déclaré vainqueur à sa place.
Le Tour aujourd’hui : ASO et la tradition du record
Le Tour est organisé par Amaury Sport Organisation. L’entreprise se présente comme une filiale du Groupe Amaury, propriétaire de L’Équipe : la course reste ainsi liée au journal qui a succédé à L’Auto. ASO revendique 250 jours de compétition par an et 100 événements dans 36 pays, dont le Dakar. Christian Prudhomme dirige le Tour depuis 2007, où il a succédé à Jean-Marie Leblanc (ASO).
Le calendrier a déjà bougé. En 2020, en raison de l’épidémie de Covid-19, le Tour s’est couru pour la première fois à la fin de l’été, du 29 août au 20 septembre. En 2025, pour le cinquantenaire de l’arrivée sur les Champs-Élysées, la dernière étape a grimpé trois fois la rue Lepic à Montmartre (ASO).
L’édition 2026, la 113e, est partie de Barcelone le 4 juillet et s’est achevée à Paris le 26 juillet. Le Slovène Tadej Pogačar y a gagné son cinquième Tour, après 2020, 2021, 2024 et 2025 (Wikipédia). Il rejoint Anquetil, Merckx, Hinault et Miguel Indurain, les quatre autres vainqueurs à cinq reprises (Total Vélo). Le site officiel annonce l’édition 2027 du 2 au 25 juillet.
Le Tour n’a pas toujours été réservé aux hommes. Larousse rappelle qu’un Tour de France féminin, sous plusieurs noms, s’est couru presque chaque année à partir de 1984 ; le palmarès officiel du Tour de France Femmes d’ASO commence en 2022. Ce sujet n’est pas traité ici.
Le Tour n’est qu’une partie de l’histoire de la course sur route. Paris-Roubaix et les autres grandes courses d’un jour françaises ont leur propre histoire, et la place du vélo dans le travail, les loisirs et la ville relève de notre histoire sociale du vélo.
Les acteurs de cette histoire, qu’ils soient organisateurs, coureurs ou pionniers de la pratique, sont présentés un par un dans nos portraits de personnalités du vélo.
Ce que les sources ne disent pas de la même façon
Les références ne concordent pas toujours sur les débuts du Tour. Pour 1903, le guide d’ASO compte 59 partants et une moyenne de 25,679 km/h pour Garin ; Larousse écrit 60 participants et 25,079 km/h. Larousse place l’apparition de la montagne en 1906 au Ballon d’Alsace, ASO en 1905. Wikipédia date la caravane publicitaire de 1931, ASO de 1930. Nous suivons ici le guide d’ASO, qui reprend chaque édition en détail, et signalons l’écart.
Sources
- ASO, Tour de France 2026, guide historique (textes de Jacques Augendre), consulté le 29 octobre 2026.
- BnF Essentiels, une du journal L'Auto pour le départ du premier Tour de France, 1er juillet 1903, consulté le 29 octobre 2026.
- Gallica (BnF), Le journal L'Auto fait la course en tête, consulté le 29 octobre 2026.
- Encyclopédie Larousse, Tour de France, consulté le 29 octobre 2026.
- Encyclopédie Larousse, Jacques Anquetil, consulté le 29 octobre 2026.
- Wikipédia, Henri Desgrange, consulté le 29 octobre 2026.
- FFVélo Hérault, « Un maître vénéré », Paul de Vivie dit Vélocio, consulté le 29 octobre 2026.
- franceinfo, l'Union cycliste internationale retire ses sept Tours de France à Lance Armstrong (22 octobre 2012), consulté le 29 octobre 2026.
- Amaury Sport Organisation, présentation, consulté le 29 octobre 2026.
- Wikipédia, Tour de France 2026, consulté le 29 octobre 2026.
- Total Vélo, le classement général final du Tour de France 2026, consulté le 29 octobre 2026.
- Tour de France, site officiel, histoire, consulté le 29 octobre 2026.
- Tour de France Femmes, site officiel, histoire, consulté le 29 octobre 2026.
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